
L’inauguration du monument et, en médaillon M. Rivomllet, ministre des pensions prononçant son discours.
Avant de quitter Paris, la délégation des garibaldiens de l’Argonne, des volontaires italiens dans l’armée française et des chasseurs des Alpes a assisté hier matin à l’inauguration du monument aux garibaldiens de l’Argonne, et aux volontaires italiens de l’armée française élevé, dans le cimetière du Père- Lachaise, à côté du monument aux soldats belges morts pour la France.
Dès 9 heures du matin, une foule considérable se pressait aux environs du Père-Lachaise pour assister à l’arrivée des garibaldiens et des délégations d’anciens combattants italiens et français qui devaient assister à l’inauguration du monument.
Un important service d’ordre, composé de gardiens de la paix et de gardes républicains de Paris, avec casque et mousqueton, était dirigé personnellement par M. Paul Guichard, directeur général de la police municipale.
Les délégations arrivèrent à partir de 9h30 et gagnèrent les emplacements prévus à proximité du monument. Une tribune avait été dressée, dans laquelle prirent place successivement me comte Pignatti Morano di Custoza, ambassadeur d’Italie à Paris ; MM. Pietri, ministre de la marine Rivollet, ministre des pensions ; l’amiral Le Bigot, représentant le président de la République ; la maréchale Joffre ; le général Gouraud, gouverneur militaire de Paris ; le général Mariaux, gouverneur des Invalides ; le général Ezzo Garibaldi, qui a reçu, hier, la Médaille militaire, petit-fils du grand Giuseppe Garibaldi ; MM. Camillo Marabini, président du comité exécutif du monument et ancien capitaine garibaldien de l’Argonne ; Pinelli, vice-président du conseil municipal Borletti, président du comité Italia-Francia, sénateur du royaume ; Coselschi, député, président de la fédération des engagés volontaires italiens ; Henry Béranger, sénateur, président de la commission des affaires étrangères du Sénat ; Villey, préfet de la Seine ; Langeron, préfet de police le commandant Fronzini ; le commandant Piccio, etc.
Une compagnie de la garde républicain sous les ordres du lieutenant-colonel Marguet, avec le drapeau et la clique, avait pris position face au monument.
Notons que c’est la première fois qu’une troupe en armes pénètre dans un cimetière parisien. Un clairon s’avança et sonna le Garde à vous !
La remise du monument
M. Mazelier, ancien consul général d’Italie à Toulouse, dévoila le monument qui est l’œuvre du sculpteur Cappabianca, ancien garibaldien. Il représente la France s’inclinant devant un soldat garibaldien mort pour elle. M. Mazelier donna ensuite la parole à M. Camillo Marabini.
« Nous avons choisi, dit l’orateur, le mois de mai pour inaugurer ce monument, parce que ce fut dans un radieux mois de mai que l’Italie entendit l’invocation désespérée des morts garibaldiens, parce que ce fut au mois de mai 1915 que toute l’Italie devint garibaldienne et s’engagea, volontairement dans les rangs des armées alliées.
Nous confions au peuple de Pans la garde de ce monument,
Revenez à ce lieu, camarades français, revenez ici, frères italiens, chaque, fois que le malentendu ou le doute troubleront vos esprits. »
Au nom de la Ville de Paris, M. Pinelli, vice-président du conseil municipal, accepta la garde du monument.
Puis M. Campincio, vice-président de la fédération des sociétés d’anciens combattants italiens de France, vint associer tous les anciens combattants italiens à l’hommage rendu aux garibaldiens.
M. Henry Bérenger qui succéda, parlant au nom du comité central d’action franco-italienne, qui groupe en France les représentants du Sénat, de la Chambre, de l’Institut et des diverses associations consacrées aux bons rapports de la France et de l’Italie. Le sénateur dit notamment
« Joseph Garibaldi, né à Nice entre les, deux frontières, fondateur avec Cavour et Victor Emmanuel de l’unité italienne, apparaît dans le XIXe siècle, par la pensée et par l’action, comme l’un des héros les plus significatifs du principe des nationalités sanctifiées par l’amour de la liberté et le culte de la raison, Il ne sépara jamais la nation de la justice, et c’est pourquoi ce fils de là Méditerranée put réaliser l’indépendance italienne au nom de la Révolution, française.
Cette colonne et ce monument ne sont vas les sarcophages pour les poussières d’hier, nais les sanctuaires pour l’action de demain. Ce qu’aimaient ces héros ce n’était point la cendre de leur passé, c’était la semence de leur avenir
Aussi Le plus sincère hommage que nous puissions leur offrir, c’est de prolonger leur œuvre en associant résolument chaque jour davantage, la France et l’Italie dans la belle action d’Indépendance nationale et de justice internationale. »
Votre patrie est la mienne !
M Borletti, sénateur du royaume, et président .du comité Italia-Francia, succéda au sénateur français. Dans un français impeccable, M. Borletti dégageait le sens profond de la cérémonie.
« Je sens, dit-il, que cette manifestation aura une signification Qui ira au delà d’une simple exaltation et de la simple matérialisation d’une mémoire.
Je voudrais que ce monument représente une chaîne de paix et de collaboration qui devra lier pour toujours a destinée de deux pays qui, seuls peuvent se comprendre, s’aimer et s’unir.
Votre patrie est la mienne ! »
M. Rivollet, ministre des pensions, représentant du gouvernement de la République, termina cette longue série de discours.
Le discours de M. Rivollet
« A l’appel de Riccioti Garibaldi, fils du grand artisan de l’unité italienne et lui-même ancien combattant de 1870, d’admirables jeunes hommes accoururent.
Autour d’eux se groupèrent des milliers de volontaires. Au mois de novembre 1914, la légion garibaldienne était créée.
Notre pays, messieurs, est parsemé de pierres évocatrices. Elles recouvrent, le plus souvent, les restes de ceux qui sont tombés pour notre cause.
Dans cette très ancienne nécropole donnent ceux qui ont fait flotter, à travers les tempêtes, la net de notre capitale..
Il me semble que, sous les doux ombrages du vieux cimetière parisien les souvenirs émeuvent plus qu’ailleurs et qu’il s’en dégage une grande leçon de sérénité.
Et si nos fils pouvaient un instant douter de l’avenir, le monument leur rappellerait qu’à l’heure où le désespoir eût pu tout compromettre, plusieurs milliers d’hommes ont, d’un même élan, brisé les liens terrestres pour barrer de leur poitrine les frontières de la latinité. Ils ont voulu que le droit ne soit pas un leurre, la justice un vain mot et que la civilisation méditerranéenne continue de projeter sur le monde qu’elle a illuminé son irremplaçable clarté. »
Des commandements militaires retentissent. C’est l’heure du défilé. Devant les personnalités militaires, la garde républicaine précède les anciens combattants.
Les Italiens viennent en tête garibaldiens aux chemises rouges, au képi français, portant l’écusson de la légion de l’Argonne, alpins, en gris, bleu. Puis, la masse des associations d’anciens combattants italiens de Paris. Derrière les Italiens, cinquante-deux drapeaux étrangers défilent devant le monument ce sont les drapeaux des volontaires accourus pendant la dernière guerre de cinquante-deux pays différents au secours de la France. Les diverses associations d’anciens combattants français ferment la marche.
Léger incident
Il avait été entendu qu’aucun groupement politique ne serait autorisé à se mêler à cette manifestation de fraternité d’armes franco-italienne. C’est ainsi que les membres du fascio de Paris ne portaient pas la chemise noire.
Lorsqu’un groupe d’une cinquantaine de francistes, en bérets et chemises bleues, voulurent suivre les anciens combattants français, le service d’ordre s’interposa et les refoula vers la porte d’entrée du cimetière.
M. Pinelli parlementa avec M. Paul Guichard en faveur des francistes. Pendant ce temps, les personnalités présentes avaient pris place dans leurs automobiles et s’étaient éloignées. C’est devant une tribune vide que les chemises bleues furent enfin autorisées à défiler au pas cadencé.
Au monument de Garibaldi de la place Cambronne
A l’issue de la cérémonie du Père-Lachaise, des cars emportèrent les délégations italiennes à travers Paris ensoleillé, jusqu’à la place Cambronne. Précédés de gardiens de la paix à bicyclette, ils furent acclamés tout le long du chemin.
En présence de l’ambassadeur, le général Ezzo Garibaldi déposa au pied du monument de son grand-père une immense gerbe d’œillets rouges, pendant que les vivats éclataient de toute part.
Le banquet
De la place Cambronne, les délégations se dirigèrent vers l’École militaire où, dans le manège du Commandant Bossut, un banquet de deux mille cinq cents couverts a été servi à leur intention.
La musique du 46ème régiment d’infanterie avait pris place dans la tribune du manège. Elle se fit entendre pendant toute la durée du repas.
M. Rivollet, ministre des pensions, en sa qualité de représentant du gouvernement de la République, prit le premier la parole. Il demanda à l’assemblée enthousiaste de lever son verre à la santé du roi et de la reine d’Italie. Il pria ensuite ses camarades, les anciens combattants italiens et français de boire à la santé de l’illustre représentant de la génération du feu, le caporal de bersaglieri Benito Mussolini.
Après lui, le capitaine Marabini, capitaine des garibaldiens de l’Argonne, président du comité exécutif pour l’érection du monument, demanda un toast pour M. Albert Lebrun, président de la République et pour M. Gaston Doumergue, président du conseil.
Les hymnes nationaux italien et français furent écoutés debout par l’assistance.
L’enthousiasme fut porté à son comble quand la musique du 46ème de ligne joua Giovinezza, le célèbre chant fasciste.
M. Gazzoni, président du fascio de Paris qui, assistait au banquet en civil, sut ensuite trouver des termes éloquents pour exalter l’hospitalité cordiale et généreuse de la France.
Le discours du président des engagés étrangers
Le discours le plus émouvant fut prononcé par un Persan, M. Nazare Aga Kahraman Khan, président de l’association des anciens combattants, engagés volontaires dans l’armée française
« Je ne vous apprendrai pas, dit-il, qu’au mois d’août 1914, alors que commençait la dernière guerre, 40.000 étrangers, représentant 52.’pays différents, s’offrirent à aider à.la défense de la France. Parmi ces 40.000 étrangers, dès le Premier jour de la mobilisation, se trouvaient trois mille Italiens.
J’ai déjà eu la fierté de parler au geste de ces étrangers, qui n’ont pas hésité faire le sacrifice de leur vie pour être parmi les défenseurs d’un pays qui n’était pas le leur, afin d’affirmer une idée de droit et de liberté. Ils s’enrôlèrent sous le drapeau de la France, considérant qu’elle était bien pour eux l’image de ce droit et de cette liberté.
Jamais on n’exaltera assez ce geste dont aucun pays du monde ne peut s’enorgueillir et que la France seule a provoqué.
Je salue ici le général Ezzo Garibaldi qui avait 17 ans à l’époque dont je parle, et qui n’hésita pas à suivre l’exemple donné par ses frères.
Volontaires italiens je suis fier de vous apporter le salut cordial de haute fraternité de tous les engagés volontaires étrangers, camarades de combat que j’ai l’honneur de représenter ici. »
Il était près de 4 heures de l’après midi quand la série des discours prit fin.
A ce moment les chemises rouges au képi à la française, anciens soldats du 4ème régiment de marche du 1er étranger, ou portant le képi à l’italienne, vétérans de la brigade garibaldienne de l’armée italienne, s’embarquèrent dans les cars qui devaient les mener à Verdun.
Une foule considérable était massée aux alentours de l’École militaire, contenue par un important service d’ordre. Elle acclama frénétiquement les garibaldiens au moment où ils sortirent, de l’enceinte de l’Ecole militaire.
Ainsi se termina à Paris, cette magnifique manifestation de confraternité d’armes franco-italienne.
Ce matin, la ville de Verdun offrira une réception en l’honneur des garibaldiens.
Ils visiteront ensuite les champs de bataille de la Meuse, de l’Argonne et de Reims.
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