La bataille de Na San

Patrice de THOLOZANY - Officier et seigneur de la Légion - Michel LAUTIER 

Pages 92 à 99 

 

Le bataillon rejoint Na San pour s’y s’installer en défensive sur le point d’appui 26 (PA 26), une colline à trois kilomètres sur le flanc est du camp retranché.

Le système défensif de Na San est constitué par une double ceinture de PA. Les PA extérieurs [dont fait partie le PA 26] contrôlant les hauts de la cuvette ont pour mission tout en assurant leur propre sécurité d’interdire toute action ennemie à l’intérieur du système défensif et d’empêcher la mise en oeuvre des feux ennemis 132. Le plan du Viet Minh est le suivant : occuper les observatoires pour y régler les tirs de mortiers sur l’intérieur du centre de résistance ; prendre le PA 26 d’où la DCA peut interdire tout atterrissage ; barrer la coulée de Mai Son, seul chemin de repli vers la Laos 133. Tranchées, barbelés, mines, blockhaus : rien n’a été négligé pour aménager la position, mais la réalisation se fait avec des moyens dérisoires 134.

   

 

Le PA 26 vue aérienne oblique prise à 300 m d’altitude (SHD sous-dossier GR 10H 1251)

 

Le III /3ème REI : la Rivière Noire et Na San

 

 

550 légionnaires, 130, supplétifs et 120 PIM 135 [prisonniers internés militaires, prisonniers de guerre Viet utilisés comme main d’oeuvre supplétive] constituent la garnison du PA. La 10ème compagnie défend le flanc nord. Na San est attaqué sans relâche du 23 novembre au 4 décembre. Dans la nuit du 1er au 2 décembre l’effort ennemi se porte sur le PA 26. Le III/ 3e REI y subit, à partir de 00h40 des tirs massifs de préparation d’artillerie. Ils sont suivis par des assauts furieux menés par deux bataillons 136 de divisions bien connues du III/3ème REI : il les a affrontées lors des combats de la RC4. La 10e compagnie arrête la première vague lancée de 01H20 à 02h30. L’ennemi s’acharne : d’autres assauts suivront sur les autres compagnies, à 02h40, à 03h00, à 03h20 et enfin un assaut général à 05h00. Au petit matin, malgré un rapport de force très favorable, l’ennemi se retire, laissant 237 cadavres dans les barbelés. Le IIIe bataillon, lui, ne déplore que 7 morts et 22 blessés. La 10e compagnie déplore la mort de 2 légionnaires, 1 supplétif, 1 PIM. 1 sous-officier, 4 légionnaires, 1 supplétif seulement sont blessés 137. Après ces combats acharnés mais infructueux, Giap se retire le 6 décembre pour reconstituer son corps de bataille. Victoire tactique pour le général Salan mais son adversaire préservera l’avenir en laissant plusieurs régiments sur place pour marquer Na San ; en saisissant au début décembre Dien Bien Phu et Moc Chau, portes d’entrée vers le Haut-Laos ; et en profitant de l’absence des unités mobiles dans le Delta, pour en accentuer le pourrissement et y renforcer sa présence. 

 

 

Un PA de Na San au lendemain de l’assaut Viet-Minh

 

 

 

 

Le général de Linarès remet des décorations sur les emplacements de combat du III/3e REI

(source : Képi blanc)


Le général de corps d’armée de Linarès 138, commandant les forces terrestres au Tonkin, se rend à Na San le 13 décembre. Il épingle une nouvelle croix des TOE au fanion du III/3e REI pour sa belle résistance. Quant au lieutenant de Tholozany, il se voit remettre au cours de la même cérémonie la croix de chevalier de la Légion d’honneur comportant l’attribution de la croix des TOE avec palme accompagnée d’une citation élogieuse. Le travail de chancellerie ayant tardé, le décret officialisant sa nomination ne sera publié que le 22 avril 1953 pour prendre rang du 13 décembre 1952. Patrice a vingt-huit ans.

 

NASAN le 13/12/1952 : le général de Linarès décore Patrice de Tholozany.
A sa gauche le lieutenant Guy Chiron, natif de Cholet
(ECPAD, TONK 52-217 R39, photographe Paul Corcuff)

 

 

Le III/3e REI reste autour de Na San jusqu’à sa relève le 19 mars 1953. La 10e compagnie participe aux travaux d’installation du poste de Ban Lot avant de retourner à Na San (PA9, PA3, PA du mamelon Lézard) dans le cadre des relèves d’unité ; débroussaillage des postes, ouvertures de route, patrouilles, embuscades, tel est son quotidien. Elle rejoint Hanoï le 20 mars par voie aérienne pour se remettre en condition et se préparer à intervenir au Laos.

 

132 SHD sous-série GR 10 H 1248 La défense de Na San.

133 SHD GR 10 H 1248 NA SAN Synthèse de la bataille en date du 10/05/1953.

134 SHD sous-dossier GR 10 H 1248… Les travaux commencèrent le 22 après-midi avec comme moyens 1 pelle portative pour 3, des coupes-coupes, 4 pelles et 4 pioches de parc par compagnie. Le 24 novembre le Bataillon perçut environ 80 pelles et 80 pioches de parc … Compte-rendu en date du 10 août 1953 du capitaine Gandouet, commandant le III/3e REI.

135 SHD sous-série GR 10 H 1248, compte-rendu du capitaine Gandouet, commandant le III/3e REI en date du 10 août 1953.

136 Le 23e bataillon du 88e régiment de la 308e division et le 251e bataillon du 174e régiment de la 312e division.

137 SHD sous-dossier GR 10 H 1248, note n° 137/GOMRN/2, Information sur l’adversaire en date du 3 décembre 1952.

138 François Jean Marie Amédée Antoine Gonzalès de Linarès (1897-1955) participe à la 1re guerre mondiale d’abord comme simple soldat puis comme officier saint-cyrien. Il sert au Maroc (1919-1924) et en Algérie (1930-1936). En 1940, il commande le 15e bataillon de chasseurs alpins. En 1942, il rejoint l’Afrique du Nord et prend le commandement du 3e régiment de tirailleurs algériens. Il participe aux campagnes d’Italie et de France. Son régiment est cité 3 fois à l’ordre de l’armée. Promu général en 1945, il prend le commandement de la 2e division d’infanterie marocaine. En 1951, promu général de corps d’armée, il devient le commandant des forces terrestres du Nord-Vietnam et haut-commissaire du Tonkin jusqu’en 1953. Il décède brutalement en 1955. A titre exceptionnel, il sera déclaré mort pour la France. Grand officier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, titulaire des croix de guerre des 1ère (4 citations) et 2ème (6 citations) guerres mondiales, de la croix des Théâtres d’opérations extérieures (7 citations). Associé à son fils, officier mort en montagne, il donnera son nom à une promotion de Saint-Cyr (1972-1974). 

139 SHD, sous-série GR 8YE 127528, dossier individuel du capitaine Patrice de Tholozany, OP n° 23 du 24/02/1953 du général de corps d’armée Salan commandant-en-chef des forces terrestres, aériennes et navales en Indochine ; décret n° 30 du 22/04/1953 paru au journal officiel du 21/04/1953 pour prendre rang du 13/12/1952.

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